le mal plus fort que l’amour

Annette Zelman (Ilona Bachelier, au centre) dans L'Histoire d'Annette Zelman, de Philippe Le Guay.

FRANCE 2 – MERCREDI 25 JANVIER 21H10 – TÉLÉFILM

Parmi les 76 000 vies détruites par la déportation et le génocide des Juifs de France, la vie d’Annette Zelman a attendu plus de trente ans, et la publication, au milieu des années 1970, La grande histoire des Français sous l’Occupation (Robert Lafont), d’Henri Amuro, à paraître au grand jour. Laurent Joly lui a ensuite consacré un chapitre Condamner les Juifs sous occupation (CNRS Éditions), paru en 2017. Assassinée à l’âge de 20 ans à Auschwitz en août 1942, Annette Zelmann est l’une des premières femmes juives arrêtées par la police française et livrées à l’Allemagne nazie.

Le film simple et puissant de Philippe Le Guay saisit la séquence banale, tant dans son éclat (un amour qui unit de nombreux jeunes déchirés par tout) que dans son humilité (une adhésion mesquine à un crime de masse), qui aboutit à l’arrestation d’Annette et la mort Zelman. Dans le cadre parfois étroit de la production télévisuelle – la limite des quatre-vingt-dix minutes passe parfois de la brièveté à la simplification ; la reconstitution, entre autres, de la vie de bohème sous l’occupation reste sommaire, bien qu’élégante – cette histoire exemplaire parvient pourtant à s’incarner.

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Une réaction tragique

En 1941, Annette Zelman (Ilona Bachelier), étudiante aux Beaux-Arts, rencontre Jean Jozion (Vassily Schneider), un poète de plusieurs années son aîné. Née en France, elle est issue d’une famille d’artisans juifs, lui a grandi dans une famille bourgeoise catholique. Son père, Hubert (Laurent Lucas), est médecin. A la fin de la réponse, on apprend qu’il était membre de l’Action française. Christiane (Julie Gaye), sa mère, est partagée entre bonnes actions et concerts mondains dans son salon. Ces représentants ordinaires de la bonne société parisienne sont finalement plus perméables aux intempéries de l’époque que leurs enfants.

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Alors qu’Annette et Jean, après une brève hésitation valseuse, s’aiment et rêvent d’être artistes – elle en tant que peintre, lui en tant qu’écrivain – malgré la réalité qui approche, Jozion alimente leurs conversations de salon sur le récent succès du Paris anti -Exposition sémitique et accueil de l’acteur collaborationniste Robert Le Wigan en ami de la famille. La jeune fille reste sourde aux mises en garde de ses parents (Gileine Lowndes et Daniel Cohen), plus conscients de la menace qui se profile, tandis que son fiancé estime que leur couple est protégé par le statut social de sa famille.

Ce qui se passe aurait pu faire, à un autre moment de l’histoire de France, le sujet d’un roman de Balzac : des parents s’opposant à l’union de leur progéniture avec une femme qu’ils jugent indigne de lui. Mais Philippe Le Guay et son co-scénariste, Emmanuel Salinger, dessinent très bien le mouvement des forces à l’œuvre ici. Il ne s’agit plus seulement de préserver la domination de classe, mais de pureté raciale.

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Laurent Lucas – répugnant presque malgré lui – et Julie Gayet – une mère tellement soucieuse de dignité qu’elle en devient indigne – donnent une terrible réalité à la faillite morale d’une famille, mais aussi d’un groupe social. Les répliques tragiques de l’arrestation et de la déportation d’Annette Zelman sont à peine esquissées dans la dernière partie du film, dont la matière aurait pu être déployée sous une forme plus complète.

L’histoire d’Annette Zelman, film de Philippe Le Guay (Le Père, 2022, 93 min.). Avec Ilona Bachelier, Vassily Schneider, Julie Guye, Laurent Lucas, Guillain Lowndez, Daniel Cohen. Rediffusion sur France.tv

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