l’Europe craint des livres plus chers et mauvais

La concurrence sur le marché de l’édition de livres encourage la diversité des idées. Cela conduit à la réalisation de chaque maillon de la chaîne de valeur, de la création des œuvres à leur diffusion. », souligne la commissaire danoise à la concurrence, Margrethe Vestager, dans le communiqué de la Commission européenne, qui officialise la suite de la procédure.

L’acquisition de Lagardère par Vivendi réunit deux des principaux éditeurs de livres de la francophonie, ainsi que des magazines populaires. Dans ces conditions, cette opération est à considérer avec prudence : elle est susceptible de réduire la sélection [des œuvres publiées] et entraîner une augmentation du prix de vente “, il continue.

Mais le commissaire pointe aussi les risques sur la disponibilité des ouvrages, ainsi que la perspective d’une commercialisation des livres. Faible qualité pour les lecteurs de livres et de magazines en français “.

Un mégalodon dans l’industrie du livre ?

Ainsi, le 30 novembre marque le début d’une enquête approfondie à laquelle Vivendi n’avait clairement pas l’intention d’échapper. Le groupe de Vincent Bolloré, désormais dirigé par son fils Yannick, n’a pas commenté l’actualité à la veille de l’appel des européennes.

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En soulignant qu’Hachette Livre, comme Editis, opère à tous les niveaux de la filière du livre, Bruxelles oublie que Lagardère dispose aussi d’espaces de vente à travers l’enseigne Relay (Lagardère Travel Retail). C’est-à-dire qu’en France on compte 1056 magasins dans une trentaine d’aéroports, près de 300 gares et plus de 110 hôpitaux. Un atout certain grâce auquel Lagardère opère à un niveau supplémentaire : la vente directe au détail.

Ce méga-groupe, tel qu’il se constitue aujourd’hui, bouleversera complètement l’équilibre du marché et mettra en péril toute l’édition indépendante, car les effets d’une concentration sans précédent, par sa taille et son ampleur, se feront sentir sur toute la chaîne du livre. “, confirmaient en juin dernier les quatre fondateurs de maisons indépendantes – tous soutiennent la diffusion-distribution de Madrigal.

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C’est peut-être un détail pour vous“, a déclaré le chanteur, mais pour certains, cela signifiait beaucoup de lobbying mené par Antoine Gallimard.

De son côté, lors d’une audition au Sénat, Vincent Bolloré a rappelé que «Géant Vivendi est un petit nain“Comparé aux mégacorporations américaines du divertissement – ou aux Coréens et aux Chinois. “Vivendi est un groupe qui peut ou non être en mesure de diffuser la culture française dans le monde. Le soutien aux créateurs est compatible avec la réussite économique“, il ajouta.

Et face à Disney, Amazon et consorts, la réalité du terrain nécessitait une analyse incontestable : “À l’exception de quelques auteurs qui gagnent beaucoup d’argent, beaucoup meurent de faim.Pourtant, la perspective d’ériger Vivendi en bastion de la résistance aux GAFAM n’a pas convaincu – ou du moins confier le rôle à Vincent Bolloré n’était pas séduisante.

Avances, Distribution et Ventes

La Commission énumère plusieurs préoccupations entourant ce dossier, à savoir la réduction importante de la concurrence :

• Lors de l’achat d’ouvrages d’auteurs éditant des livres en français – comprendre : les avances versées aux auteurs seraient moindres si Editis et Hachette Livre coexistaient dans la même structure. L’argument n’est pas surprenant : le département américain de la Justice a soulevé les mêmes inquiétudes dans le cadre du rachat de Simon & Schuster par Penguin Random House (retrouver notre dossier). Cependant, pour le DoJ, cela concernait principalement les auteurs à succès, ce que Bruxelles ne mentionne pas spécifiquement.

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• Sur la distribution et la commercialisation des livres en français : aucune exégèse n’est nécessaire sur cet élément. Editis et Hachette Livre sont assez leaders sur ces segments, travaillant avec des dizaines de maisons d’édition, partenaires tiers, en plus de leurs propres structures.

• Vendre des livres de langue française aux détaillants : cette approche est complémentaire à la précédente. En effet, le Syndicat de la Librairie Française n’a cessé de faire face à la menace de perte de diversité biblique et au risque de conditions commerciales défavorables. On sait que ces arguments sont en partie légers – principalement ceux liés à la bibliodiversité, mais ce dernier a été conservé par Bruxelles dans son argumentation.

Enfin, la commission expose les enjeux de la commercialisation des magazines.

Les éditeurs sont impuissants face au géant

Avec l’acquisition de Lagardère, Vivendi deviendra un acteur majeur de l’édition francophone du livre, ainsi qu’un groupe intégré majeur sur ce marché.“, note la commission. “D’autres concurrents comme Madrigal [Gallimard, Flammarion, Casterman, NdR] ou avec la participation des médias [Dargaud, Dupuis, Lombard, Seuil, etc, NdR] Plus de présence de recrutement sur le marché. Le Conseil craint que la transaction réduise la variété, la disponibilité et la valeur des livres de langue française.»

Ces deux groupes ont aussi été les plus ardents opposants au rachat de Lagardère, niant même la possibilité de s’emparer de certains éléments d’Edith en cas de démantèlement. “La consigne était toujours : ne rien céder à personne“, clame une personne proche du dossier. Il est vrai que tant Vincent Montagne, PDG de Media Participations, qu’Antoine Gallimard, patron de Madrigal, ne mâchent jamais leurs mots.

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L’acheteur doit être un acteur industriel historique qui ne perturbe pas l’équilibre concurrentiel du marché. Cela exclut donc le détachement de joueurs en France», expliquait Arnaud de Puyfontein, révélant le projet de cession d’Editis en juillet dernier. Dernière arnaque sur ce sujet.

Crédits photos Skitterphoto CC 0

De plus, la position consolidée de Vivendi aura des conséquences pour les éditeurs, qui pourraient perdre des ressources pour soutenir leurs activités éditoriales. De même, la réduction des canaux de commercialisation et de distribution exercera une pression économique sur les éditeurs tiers actuellement partenaires d’Interforum (editis distribution-distribution) et de Hachette Diffusion et Hachette Distribution.

Enfin, d’une part, les libraires pourraient réduire leurs marges d’achat, et d’autre part, les lecteurs pourraient augmenter le prix des livres.

Médicaments et pharmacopée

L’annonce de Vivendi, intervenue le 24 octobre, a été précédée d’un projet de cession d’Editis : les actions ont été restituées aux actionnaires de Vivendi et dans le même temps les 29,5 % d’actions Editis détenues par le Groupe Bolloré ont été cédées. Le tout accompagné d’une liste sur EuroNext.

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De plus, Vivendi n’a annoncé aucun remède : ces différentes propositions visent à apaiser les craintes de Bruxelles quant au respect des règles de concurrence. Ces éléments “Il sera signalé à la Commission en temps opportun», nous raconte un proche du dossier Vivendi.

La commission dispose de 90 jours pour mener une enquête approfondie et a donc jusqu’au 19 avril 2023 pour prendre une décision – étant donné que l’ouverture de l’enquête ne détermine pas son issue. Dès lors, la phase 2 est officialisée : reste à voir comment réagiront les acheteurs intéressés…

Crédits photo : Towfiqu barbhuiya/Unsplash



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